Vous avez reçu votre appel de charges et vous vous demandez d’où vient ce chiffre ? Les tantièmes de copropriété sont la fraction indivise des parties communes attachée à votre lot : ils déterminent ce que vous payez en charges et le poids de votre voix lors des assemblées générales. On les appelle aussi millièmes de copropriété, et les deux termes désignent la même réalité.
Mal comprendre ses tantièmes peut conduire à payer des charges injustes pendant des années sans s’en rendre compte. Prendre le temps de comprendre comment le calcul des tantièmes de copropriété fonctionne, quels critères s’appliquent et comment vérifier l’équité de sa situation, c’est une démarche utile pour tout copropriétaire.
L’essentiel à retenir
- Les tantièmes expriment votre quote-part des parties communes et sont inscrits dans l’état descriptif de division (EDD).
- Ils servent à calculer vos charges et à pondérer vos voix en assemblée générale.
- Le calcul est réalisé par un géomètre-expert selon la superficie, la consistance et la situation du lot.
- Les tantièmes peuvent être modifiés en assemblée générale, selon des règles de majorité variables.
- Une erreur historique dans les tantièmes peut coûter plusieurs centaines d’euros par an à un copropriétaire sans qu’il le sache.
Qu’est-ce qu’un tantième de copropriété ?
Selon l’article 5 de la loi du 10 juillet 1965, chaque lot de copropriété comprend une partie privative et une quote-part indivise des parties communes. Les tantièmes correspondent précisément à cette fraction indivise : ils expriment la valeur relative de votre lot par rapport à l’ensemble de la copropriété. Ils sont inscrits dans l’état descriptif de division (EDD), document qui figure dans le règlement de copropriété ou en annexe.
Tantièmes et millièmes : quelle différence concrète ?
Le terme tantième désigne le concept juridique, tandis que millième désigne l’unité de mesure la plus répandue. La somme de tous les millièmes d’une copropriété est égale à 1 000, ou à 10 000 pour les grandes résidences exprimées en dix-millièmes. Un lot à 95/1 000 représente ainsi 9,5 % des parties communes.
Dans la pratique, les deux termes sont utilisés indifféremment par les syndics et les géomètres. La distinction reste donc essentiellement terminologique et ne change rien aux droits et obligations du copropriétaire.
Tantièmes de copropriété et tantièmes de charges : ne pas confondre
C’est une confusion fréquente, et elle n’est pas anodine. Les tantièmes de copropriété expriment la quote-part des parties communes et déterminent le poids des voix en assemblée générale. Les tantièmes de charges, eux, servent uniquement à répartir les dépenses collectives et peuvent différer selon la nature des charges.
Les charges générales (entretien, conservation, gestion) sont réparties via les tantièmes généraux, tandis que les charges liées aux équipements collectifs (ascenseur, chauffage) relèvent de tantièmes distincts. Un même lot peut donc se voir attribuer deux tantièmes différents. Pour aller plus loin, consultez notre guide sur la répartition des charges générales et spéciales en copropriété.
À quoi servent les tantièmes dans une copropriété ?
Deux grandes fonctions structurent l’utilité des tantièmes : la répartition financière des charges et la pondération des voix lors des assemblées générales. Ces deux usages touchent directement le quotidien de tout copropriétaire !
La clé de répartition des charges de copropriété
La formule est simple : (montant total des charges × tantièmes de votre lot) / tantièmes totaux. Si votre copropriété a un budget de 8 000 € et que votre lot dispose de 700 millièmes sur 10 000, vous payez (8 000 × 700) / 10 000 = 560 €.
Cette formule s’applique aux charges générales via les tantièmes généraux. Pour les charges spéciales, la clé de répartition peut différer selon que vous bénéficiez ou non de l’équipement concerné. Pour comprendre le détail, consultez notre guide comment calculer les charges de copropriété et notre page sur les charges de copropriété : fonctionnement et enjeux.
Le poids des voix lors des assemblées générales
Votre nombre de voix en AG se calcule de la même façon : (tantièmes de votre lot × 100) / tantièmes totaux. Un lot à 700/10 000 représente 7 % des voix. Lorsqu’un copropriétaire détient plus de 50 % des tantièmes totaux, son nombre de voix est automatiquement ramené au niveau cumulé des voix des autres copropriétaires, afin d’éviter tout blocage décisionnel.
Comment sont calculés les tantièmes d’un lot ?

Le calcul est réalisé par un géomètre-expert lors de la mise en copropriété. La méthode retenue doit figurer dans le règlement de copropriété, sans que le détail arithmétique soit obligatoire. Les critères sont encadrés par la loi, mais la pratique laisse une marge d’appréciation selon l’immeuble.
Les critères légaux pris en compte
Selon l’article 5 de la loi du 10 juillet 1965, trois critères légaux fondent le calcul :
- La superficie : la surface habitable de la partie privative
- La consistance : la nature du lot (appartement, commerce, cave, parking)
- La situation : étage, orientation, ensoleillement, vue, emplacement dans l’immeuble
En pratique, d’autres éléments entrent en compte : présence d’une terrasse ou d’un balcon, aménagements privatifs particuliers. La nature du lot reste déterminante : un appartement représente davantage de tantièmes qu’un garage ou un grenier, et un logement en étage est généralement plus valorisé qu’un rez-de-chaussée.
Qui réalise le calcul des tantièmes ?
Le calcul est confié à un géomètre-expert, parfois à un notaire. Depuis le 31 décembre 2002, la méthode de calcul et les critères retenus doivent être implicitement intégrés dans le règlement de copropriété. Le détail des calculs n’est pas obligatoirement reproduit dans le document, mais le géomètre en conserve la trace. En cas de contestation, c’est vers lui qu’il faut se tourner en premier.
Exemple chiffré de calcul avec coefficients
Pour un appartement de 80 m² avec une terrasse de 10 m², situé au 2e étage, la formule s’applique ainsi : Tantièmes = (superficie × coeff. superficie) + (terrasse × coeff. terrasse) + (situation × coeff. situation). Ce calcul peut aboutir à environ 102 millièmes pour ce lot.
Voici un tableau comparatif illustrant plusieurs lots dans un même immeuble :
| Lot | Superficie | Particularité | Étage | Millièmes (exemple) |
| Appartement A | 80 m² | Terrasse 10 m² | 2e | 102 |
| Appartement B | 60 m² | Balcon 5 m² | 3e | 78 |
| Appartement C | 45 m² | Aucune | RDC | 48 |
| Parking | 12 m² | Aucune | Sous-sol | 15 |
| Cave | 8 m² | Aucune | Sous-sol | 8 |
Pour savoir quoi faire en cas d’anomalie, consultez notre guide sur la mauvaise répartition des charges en copropriété : que faire ?
Peut-on modifier les tantièmes de copropriété ?
Les tantièmes sont en principe stables une fois fixés lors de la mise en copropriété. Ils peuvent néanmoins être révisés dans des situations précises, sous réserve d’un vote en assemblée générale. La majorité requise varie selon la nature de la modification.
Les situations qui justifient une révision
Plusieurs situations concrètes autorisent une modification des tantièmes :
- Erreur de calcul initiale : une erreur jamais corrigée depuis la mise en copropriété
- Division ou réunion de lots : un grand appartement divisé en deux génère deux nouveaux lots
- Changement d’usage d’un lot : un local commercial transformé en logement
- Surélévation de l’immeuble : création de nouveaux niveaux habitables
- Vente de parties communes : cession d’un espace collectif à un copropriétaire
- Création de nouveaux lots depuis des parties communes : transformation d’espaces collectifs en lots privatifs
- Division du syndicat : scission de la copropriété en plusieurs entités distinctes
Les erreurs historiques jamais corrigées sont plus fréquentes qu’on ne le croit ! Pour connaître vos recours, lisez notre guide pour contester une répartition des charges en copropriété.
Quelles majorités s’appliquent selon les cas ?
Les règles diffèrent selon le type de modification :
- Unanimité : règle générale, notamment pour corriger une erreur de calcul ou lors d’une vente de partie commune
- Double majorité de l’article 26 : pour trois cas spécifiques, surélévation de l’immeuble, division du syndicat, création de nouveaux lots depuis des parties communes
- Majorité simple de l’article 24 : pour les modifications liées à une division ou un changement d’usage d’un lot
- Même majorité que le vote des travaux : lorsque la modification des tantièmes est directement liée à des travaux votés en AG
Le rôle du conseil syndical dans le contrôle des tantièmes
Le conseil syndical n’est pas simplement un relais entre les copropriétaires et le syndic : c’est un acteur de contrôle à part entière, y compris sur la fiabilité des tantièmes. Un angle trop souvent négligé dans la gestion courante des copropriétés !
Un conseil syndical vigilant peut mandater un géomètre-expert pour vérifier la cohérence des tantièmes existants, sans attendre que le syndic prenne l’initiative. Cette démarche est particulièrement utile lors d’un changement de syndic : un nouveau prestataire qui reprend le dossier sans audit préalable perpétuera les mêmes inégalités de charges.
La vérification des tantièmes devrait faire partie intégrante de tout audit préalable à une mise en concurrence des syndics. La maîtrise des tantièmes, c’est aussi la maîtrise des charges, un levier d’optimisation souvent sous-estimé.
Pour approfondir, la réalisation d’un audit de copropriété pour vérifier la gestion de votre syndic ou une préparation rigoureuse du changement de syndic en suivant les étapes clés pour réussir la transition constituent des leviers précieux.
Où consulter les tantièmes de sa copropriété ?
Ces informations sont accessibles à tout copropriétaire. Voici les documents officiels où figurent les tantièmes :
- Le règlement de copropriété : il contient la méthode de calcul et les critères retenus
- L’état descriptif de division (EDD) : intégré au règlement ou en annexe, il précise les tantièmes de chaque lot
- L’acte de vente du lot : les tantièmes y sont mentionnés lors de l’acquisition
- Les archives de la copropriété : consultables auprès du syndic sur simple demande
Le syndic est tenu de communiquer ces informations sur demande. Si vous rencontrez des difficultés à y accéder, le conseil syndical peut intervenir pour faciliter la démarche.
Sources
- Service-Public.fr (Direction de l’information légale et administrative) : service-public.gouv.fr
- Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, article 5 (Legifrance)
FAQ
Quelle est la différence entre tantièmes et quote-part des parties communes ?
Les deux termes désignent la même réalité juridique : la fraction indivise des parties communes attachée à chaque lot. « Tantième » est le terme courant utilisé dans la pratique, tandis que « quote-part des parties communes » est la formulation juridique exacte de l’article 5 de la loi du 10 juillet 1965. Dans les documents officiels et le règlement de copropriété, les deux expressions peuvent apparaître indifféremment.
Un copropriétaire peut-il contester ses tantièmes seul ?
Un copropriétaire peut signaler une erreur et demander une révision, mais la modification des tantièmes nécessite un vote en assemblée générale, le plus souvent à l’unanimité. Elle ne peut pas être décidée unilatéralement. Avant d’envisager la voie judiciaire, il est recommandé de recourir à un médiateur ou conciliateur spécialisé, solution souvent plus rapide et moins coûteuse. Le conseil syndical peut également initier la démarche collective.
Les tantièmes changent-ils en cas de vente du lot ?
Non. Les tantièmes sont attachés au lot, pas au copropriétaire. Ils suivent le lot lors de la vente et sont transmis au nouvel acquéreur sans modification. L’acheteur doit donc vérifier les tantièmes de son futur lot avant la signature de l’acte de vente, car il reprend la situation telle qu’elle est, y compris en cas d’erreur historique.
Les tantièmes influencent-ils les aides à la rénovation énergétique ?
Oui. Dans le cadre de MaPrimeRénov’ Copropriétés, la subvention perçue par chaque copropriétaire est calculée proportionnellement à ses tantièmes. Une erreur dans les tantièmes peut donc entraîner une mauvaise répartition des aides financières entre copropriétaires, certains recevant plus ou moins que ce à quoi ils ont droit.



Comment savoir si mes tantièmes sont correctement calculés ?
Consultez l’état descriptif de division et comparez les tantièmes de votre lot avec ceux de lots similaires dans l’immeuble. Si un appartement comparable au vôtre affiche des millièmes très différents, c’est un signal d’alerte. En cas de doute, faites appel à un géomètre-expert ou à un conseil spécialisé. Le conseil syndical peut initier cette vérification collective sans attendre l’accord du syndic.